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 SOFIA ✧ we pick ourselves undone

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Holden C. Holloway
Holden C. Holloway

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Si tu crois qu'on est sur cette Terre pour batifoler et cueillir des coquelicots,
tu es bien naïve ma fille !

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MessageSujet: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyMer 31 Juil - 22:52

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“I didn't want to see her because it would make me feel better. I came because without her, it's hard to remember who I am...”

Il se réveilla en un sursaut.

Respiration courte, yeux grands ouverts ne rencontrant que la noirceur de sa chambre, doigts agrippant les draps comme pour ne pas sombrer. Il regarda autour de lui, inutilement, comme surpris de se retrouver là. Pourtant, dès qu'il fermait les yeux, tout n'était que rouge derrière ses paupières, tout n'était que sang. Une deuxième explosion, semblable à la première qui l'avait réveillé, le fit sursauter à nouveau. L'orage, ce n'est que l'orage. Il respira profondément, essayant d'oublier les images, de ne pas comparer le tonnerre à des coups de feu - en vain. Il se laissa retomber contre le matelas dans un lourd soupir. Il n'arrivait à se souvenir de la dernière fois où un orage l'avait ainsi surpris, mais la sensation ne lui avait pas du tout manqué. Il essaya de se calmer, de retrouver une respiration à peu près normale, mais il s'avoua vaincu après cinq minutes, coeur battant toujours la chamade.

Il se débarrassa des draps en un coup de pieds, puis se leva et, essayant de faire le moins de bruit possible, sortit de sa chambre pour se diriger vers la cuisine. Le micro-onde annonçant quatre heures vingt-sept. Il soupira à nouveau, se frottant les yeux avec les paumes de ses mains. Il était parti pour une nuit d'insomnie, génial. Et il savait très bien qu'il ne pouvait même pas écrire pour passer le temps, pas dans cette condition, pas avec des souvenirs aussi douloureux remontant ainsi à la surface. Et zoner devant la télévision pour se taper tous les documentaires chasse et pêche, non merci.

Alors qu'il se servait un verre d'eau glacé, pour se remettre les idées en place, il ne put empêcher son regard de dériver vers la chambre de Sofia. Aucune lumière ne filtrait pas dessous la porte, ce qui devait sans doute être bon signe - elle s'était débarrassée de ses démons plus facilement que lui, après tout. Il ne se faisait pas de soucis à son sujet, elle était la plus forte d'eux deux. Et puis, sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, il se retrouva devant la porte, main sur la poignée. J'ai vingt-quatre ans et toujours besoin d'elle pour dormir, c'est ridicule. Mais, dans son état actuel, il n'arrivait pas à trouver le courage de s'en faire. C'était après tout pour cela qu'il avait accepté de venir avec elle - parce que, sous leurs grands airs d'adultes responsables, ils avaient autant besoin de l'un de l'autre que lorsqu'ils étaient enfants et perdus. Qu'ils auraient sans doute toujours autant besoin l'un de l'autre tant que les cauchemars continueront de les tenir éveillés au beau milieu de la nuit.

Il s'avança aussi silencieusement que son gros gabarit le lui permettait, jusqu'à s'installer dans le lit à côté d'elle, bras croisés sous sa tête. Un jour, il le savait, elle allait se réveiller en pleine nuit, prendre peur, et lui en foutre une. Mais ce jour n'était pas encore arrivé, alors cela allait. "Sof ?" murmura-t-il doucement, s'aventurant en terrain glissants. Il savait qu'il se devait de la laisser dormir, surtout qu'elle était la seule des deux qui devait se réveiller le matin et aller travailler comme le commun des mortels. Mais il avait besoin d'elle pour se rassurer (vingt-quatre ans, bordel !) et savait très bien qu'elle aurait fait exactement la même chose si les rôles avaient été inversés - qu'elle l'avait déjà fait, d'ailleurs, à plus d'une reprise. C'était pour cela qu'ils étaient là, après tout.
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Sofia C. Holloway
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“The most important kind of freedom is to be what you really are. You trade in your reality for a role. You trade in your sense for an act. You give up your ability to feel, and in exchange, put on a mask. There can't be any large-scale revolution until there's a personal revolution, on an individual level. It's got to happen inside first.”
― Jim Morrison
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyMer 31 Juil - 23:35

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“Extraordinary things are always hiding
in places people never think to look.”

    Son regard s'était perdu quelque part entre la huitième et neuvième ligne du livre qu'elle tenait fermement entre ses doigts fins, en faisant un coussin improvisé quand sa tête plongea entre les pages. Epuisée de sa folle journée, aussi intense que les autres, Sofia avait épuisé ses dernières sources d'énergie pour suivre le déroulement de l'intrigue de son roman policier. Malheureusement, Morphée avait été bien plus fort que son intérêt pour l'ouvrage et ses muscles s'étaient détendus au point qu'elle s'était affalée. C'était un peu son unique moyen de dormir tranquillement la nuit; se fatiguer la journée et user le peu de force pour être sûr de passer une vraie nuit de sommeil. Les cauchemars ne la terrifiaient plus depuis longtemps, c'était juste des sensations qui éveillaient doucement ses sens quand elle fermait les yeux. La chair de poule, le rythme cardiaque s'accélérant, un rien parvenait à la sortir de l'inconscience, d'où le besoin de s'épuiser. C'était ça où continuer d'aller chercher Holden pour pouvoir se reposer correctement, parce qu'au final ils étaient encore des gamins quand le soleil se couchait et que l'obscurité avalait la ville. Le noir ne l'effrayait pas, mais il ne lui plaisait pas non plus. Elle faisait avec.
    Après quelques minutes à baver sur le livre, elle ouvrit un oeil et observa le réveil d'un oeil vitreux. Essuyant les commissures de ses lèvres, elle avait corné sa page - parce qu'elle perdait toujours ses marques-pages -, fermait le livre et l'avait laissé tomber sur le sol pour éteindre sa lampe et se rouler dans ses draps, le remontant jusqu'au-dessus de l'oreille. Elle n'avait pas froid, mais en apprenant à dormir sans son frère, Sofia avait développé une technique de génie pour se protéger d'éventuels monstres cachés dans l'obscurité. Cette pensée agita son palpitant, mais elle était bien trop épuisée pour lutter et enfonça sa tête dans l'oreiller.

    On entendait le frémissement des feuilles des arbres, secouées par un vent fort, et bien que la branche qui tapota légèrement sur sa fenêtre lui arracha un rictus inquiet, elle ne quitta pas son état léthargique pour autant. Ils avaient prévu de l'orage, elle l'avait lu dans le journal du matin. Et puis le son de la pluie avait toujours eu un effet apaisant sur elle. C'était beau à voir, !a avait une signification qui lui plaisait; comme si quelqu'un, là-haut, passait le tuyau d'arrosage sur le monde pour le laver. Petite, elle s'amusait à imaginer un barbu mexicain - allez savoir pourquoi - qui s'occupait du globe terrestre comme on s'occupait d'un jardin. Elle préférait cette version-là que celle des scientifiques avec leur cumulus et compagnie. C'était trop savant.

    Elle sursauta soudain. Le coup de tonnerre l'avait prise au dépourvu. Se redressant à quatre pattes, le drap sur la tête, elle fixa le mur d'un air absent, tendue. Une sensation étrange avait électrisé ses membres, mais quand elle réalisa la source du bruit, elle se détendit à nouveau et se rallongea sur le côté, se recroquevillant sous son drap, cherchant à tâtons le réveil pour vérifier l'heure. Soupir. La fatigue était si intense, qu'elle n'arrivait plus à fermer l'oeil, ou n'avait pas la patience d'attendre que le sommeil se fasse. Perturbant. Se tournant sur le dos, elle plaça un bras sur ses paupières, pour se forcer à les garder closes et l'autre sur son coeur, pour calmer les battements un brin affolé. Elle avait lu quelque part que si on parvenait à rester immobile dans la même position pendant plusieurs minutes, on finissait par perdre conscience. C'était le moment de vérifier que ça fonctionnait vraiment.

    Sauf qu'un nouveau coup de tonnerre frappa, et que sa porte s'ouvrit. Si elle ne s'était pas souvenue qu'elle vivait avec Holden, elle l'aurait surement accueillit avec une chaussure en guise d'arme. Mais non. Sofia ne bougea pas, paupières toujours fermés, quand son matelas remua sous le poids de son frère qui s'installait à ses côtés. Un sourire se dessina sur ses lèvres. « Sof ? » souffla le grand dadet à côté, lui arrachant un grommellement d'ours tiré hors de sa tanière en hiver. « Si c'est pour que j'te chante une berceuse, tu peux t'brosser, » couina la jeune femme, sans ouvrir les yeux, sa main posée sur son coeur fendit l'air et s'abattit doucement sur le visage de son frère, lui tapotant la joue d'un compatissant. Elle souffla en retenant un bâillement et reposa son bras sur le matelas, retenant difficilement un sursaut quand le tonnerre frappa à nouveau. S'agissait de se montrer forte, fallait bien qu'un des deux garde sa contenance devant l'autre. Et Sofia semblait toute désignée pour jouer le rôle du plus solide ce soir.
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyJeu 1 Aoû - 10:23

La chambre de sa soeur était plongée dans les ténèbres, pas plus rassurante que la chambre d'Holden, ou même la cuisine. Mais, alors que tout n'était que silence autour d'eux, rien de plus que le tapotement de la pluie contre la fenêtre, il pouvait entendre le bruit de sa respiration, à peine plus qu'un murmure. Et c'était cela, le plus rassurant. Il avait à nouveau sept ans chez leurs grands-parents, blottis l'un contre l'autre au milieu de la nuit, utilisant l'autre comme bouée de sauvetage, comme ancre en pleine tempête. On avait toujours dis des enfants Holloway que ce qu'ils avaient vécu les avait fait grandi plus vite que prévu, trop matures pour leur jeune âge. C'était mal les connaitre. Ils n'étaient que deux enfants apeurés, ne pouvait compter que sur l'autre pour ne pas sombrer.

C'était sans doute pour cela, d'ailleurs, qu'ils avaient toujours eu des lits doubles dans leur chambre. Pour que l'un aille se glisser sous les draps de l'autre lorsqu'ils en avaient besoin et toujours avoir assez de place pour dormir confortablement. L'assistante sociale s'en serait donnée à coeur joie, si elle avait su cela - pour sûr, ils auraient écopé de quelques heures de thérapie pour se débarrasser de cette mauvaise habitude. Mais personne n'avait jamais trouvé le courage de les séparer, pas après tout ce qui s'était passé. Alors, dans l'ombre de la nuit, Holden ricana doucement aux paroles de sa soeur, à cette petite voix qui se voulait endormie et blasée. Il ne la connaissait que trop bien ; s'il n'était pas venu vers elle, elle se serait glissé dans sa chambre, n'en menant pas plus large mais ne voulant pas le montrer. "Tu chantes faux, de toute façon."

Quatre heures du matin et ils arrivaient encore à se chamailler. Typique. Il sourit doucement, néanmoins, lorsque la main de Sofia trouva maladroitement sa joue dans un petit geste qui se voulait rassurant. Ils avaient huit et cinquante ans, trop jeunes et trop vieux à la fois. Et puis un autre coup de tonnerre les fit sursauter tous les deux, et Holden grogna de frustration et de dépit. Avec une simplicité déconcertante, fruit d'années d'habitudes nocturnes, son bras entoura les fines épaules de Sofia, jusqu'à ce qu'elle soit collée contre lui, tête sur son épaule. Il embrassa le haut de son crâne, la serra un peu plus contre lui, aussi protecteur que protégé dans leur codépendance émotionnelle. Un jour, leur père avait dis à Holden qu'il valait mieux que personne n'apprenne cela, que personne ne sache combien de fois frère et soeur dormaient dans le même lit. On allait avoir les mauvaises idées, un peu perverses, mal placées. On ne comprendrait pas, on penserait que c'était malsain. Mais personne ne pouvait comprendre, de toute façon, personne si ce n'était eux. Alors les gens pouvaient bien s'imaginer qu'ils étaient les Borgias, Holden n'en avait rien à foutre.

(Et puis, la comparaison l'amusait, parce qu'ils étaient italiens et que son deuxième prénom était Cesare, et que Sofia était blonde et belle et innocente et nul doute qu'elle aurait fait une parfaite Lucrezia.)

Il commença à lui caresser les cheveux, distraitement, essayant de trouver le sommeil. En vain, il le savait, se doutant bien qu'il allait plus servir d'oreiller humain qu'autre chose désormais. Il pourrait très bien faire une sieste dans l'après-midi, de toute façon, une fois que les éléments se seront calmés. "Rendors-toi, Sof, on craint rien ici." Il ne savait vraiment s'il disait cela pour elle ou pour lui, qui il cherchait vraiment à rassurer. Eux deux, sans doute.
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyJeu 1 Aoû - 17:13


    Malgré ses grands airs, le souvenir de la première nuit après le décès de sa mère était encore là, enfoui quelque part, prêt à bondir à tout instant. Elle avait trouvé la maison étrangement vide ce fameux soir, s'étonnant que même les pas de son père dans le salon ne parvenait pas à briser le silence qui régnait entre les murs. Un silence lourd, pesant, si opaque qu'il empêchait de respirer. Elle avait eu droit à un baiser posé sur le front, léger et un peu fuyant, mais pas d'histoires; parce que d'ordinaire c'était sa mère qui s'en chargeait. Cette nuit-là, l'obscurité lui avait paru hostile, s'imaginant voir des ombres sur les murs, des mouvements dans chaque recoins et le craquement sinistre des murs, qu'elle n'avait encore jamais vraiment remarqué, l'avait terrifié plus que de raison. Traverser le noir pour rejoindre le lit de son frère avait été un calvaire aussi, parce qu'elle avait avancé à tâtons, hésitante mais quand elle s'était retrouvée contre lui, le sentiment d'apaisement qu'elle avait ressenti valait bien de s'aventurer hors de son propre lit la nuit. Même endormi Holden avait quelque chose de rassurant, quelque chose qui laissé Sofia certaine qu'elle ne risquait absolument rien. C'était le cocon à l'intérieur du cocon. Il était une valeur sûre. La jeune fille savait que son frère ne l'abandonnerait jamais, du moins pas de son plein gré, et elle espérait qu'il savait la même chose pour elle de son côté.
    Avant le drame, les deux enfants s'étaient déjà retrouvé à dormir ensemble, parce que la petite avait pleuré la nuit et réveillait son frère, ou simplement parce qu'il lui avait lu une histoire et s'était endormi à ses côtés mais après ça. C'était devenu régulier. Et personne n'osait vraiment y dire quelque chose.

    L'adolescence même n'avait pas briser ce rituel. Certes, Sofia s'était posée quelques questions, comme toute les filles arrivées à un certain âge, parce qu'elle changeait et Holden aussi et que ce qui avait été mignon dans l'enfance, devenait étrange et un peu malsain à l'adolescence. Innocente, elle avait lancé une fois, qu'elle avait passé la nuit dans le lit de son frère; Ô malheur. Ses copines l'avaient dévisagé comme si elle venait de leur lancer que Leonardo DiCaprio était gay. Par quelques pirouettes, Sofia avait rattrapé le coup mais leur réaction l'avait laissé perplexe. Il n'y avait rien de mal à ça. Pour elle c'était devenu quelque chose d'absolument normal, banal même tant elle en avait l'habitude, mais les autres, eux, avec leurs pensées tordues et leur plaisir de petits potins croustillants n'y avaient vu que ce qu'ils avaient bien voulu voir. Les gens étaient stupides.

    Ils ne comprenaient rien. Maintenant, avec le recul, Sofia pouvait bien admettre que leur réaction était légitime, étant elle-même psy, elle saisissait l'ampleur de la chose et d'un point de vue extérieur elle se rendait compte que cette routine avait quelque chose de mal. Après tout, comment allaient-ils se débrouiller le jour où l'un ou l'autre serait marié ? Parce que dormir avec un autre à ses côtés, n'avaient jamais eu le même effet qu'être avec son frère. C'était pas faute d'avoir déjà essayé, une ou deux fois. Ce n'était pas la même sensation. Là, elle était une enfant, toujours. Ailleurs, elle était une femme. Elle pouvait très bien être une Lucrezia, ça lui importait peu, au final la relation qu'elle avait avec son frère valait bien toutes les railleries et les mépris. Quand on était aussi soudé l'un à l'autre, le monde autour n'avait que peu d'importance.

    « C'est pas vrai, j'avais des bonnes notes en chant, » grogna-t-elle, faussement fâchée. Le tonnerre frappa à nouveau et elle grimaça, se laissa rapprocher par le bras de son frère, pliant ses bras contre elle, s'amusant à chatouiller la côte d'Holden en soufflant quand il tira ses cheveux sans le faire exprès. Paupières toujours closes, elle sourit au baiser de son frère, et posa sa main devant sa bouche pour retenir un bâillement. « On devrait ... acheter un chien, » marmonna la petite blonde, s'endormant à moitié, frottant son oeil gauche de sa paume de main. « On l'appellerait Speedy ... ça serait l'fidèle ami ... d'Holden Paso, » souffla-t-elle, à moitié dans les vapes, bercé par le rythme cardiaque de son aîné, sur lequel se calèrent ses propres battements de coeur.
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyJeu 1 Aoû - 21:21

C'était tout eux, réussir à se chamailler même avec la voix et l'esprit embrumés par le sommeil, même avec le coeur battant la chamade avec peur. C'était tout eux, de tourner leurs sentiments en disputes fraternelles, dans une tentative désespérée d'oublier pourquoi ils étaient éveillés au beau milieu de la nuit. "T'avais des bonnes notes à cause de ta tronche de première de la classe." Il ne savait même pas pourquoi il continuait de lui répondre alors que tout ce qu'il voulait, c'était qu'elle se rendorme jusqu'au petit matin. Un réflexe de grand frère chiant plus qu'autre chose.

Mais, même alors qu'il s'envoyait des piques, il continuait de la tenir contre lui, sans jamais la lâcher. Il avait toujours été protecteur avec elle, frisant les tendances meurtrières envers un ex ou deux parfois, mais cela s'était toujours arrêté là. Bien sûr, il y avait eu quelques épisodes étrangers entre eux, adolescence et hormones obligent, mais jamais rien d'indécent. Et puis il avait commencé à sortir avec Lennon, et toute rumeur suspecte entre frère et soeur disparurent assez rapidement - d'après lui, ces rumeurs n'auraient jamais dû exister du tout, les gens ne comprenaient rien à rien. Personne ne pouvait comprendre, personne n'était là, avec eux, dans cette bijouterie. Ils ne pouvaient pas comprendre les cauchemars, les visions d'horreur revenant inlassablement chaque jour, chaque nuit, ce sentiment d'impuissance, d'injustice. Personne ne pouvait comprendre, sauf Sofia, et tant pis si leur relation était étranger, mal vue, si l'on murmurait à leur propos, si l'on regardait les Holloways de travers. Ils avaient plus important à penser, se fichaient pas mal des 'on dit'. Alors Holden avait tout simplement cessé d'écouter, préférant se concentre sur Sofia et uniquement Sofia, qui s'accrochait à lui pendant la nuit comme si sa vie en dépendait, qui pleurait dans son cou chaque année à la même date. Qui le laissait pleurer aussi, sans le juger, sans lui dire que les garçons n'étaient pas sensés montrer leurs émotions. Parce qu'elle comprenait.

Il rit doucement alors qu'elle se battait contre le sommeil, petite voix contre son torse, et leva inutilement les yeux au ciel. Dans le genre mauvaises idées, celle-ci était sans doute la pire de toutes. "Hors de question, tu sais même pas t'occuper d'un poisson rouge." Ce n'était pas pour rien, après tout, si leur père avait refusé que les enfants aient ne serait-ce qu'un hamster. Cela aurait fini mal pour l'animal dans tous les cas, entre Holden qui aurait oublié de le nourrir et Sofia qui l'aurait trop nourri. Mais ils étaient adultes et responsables désormais, et peut-être qu'un chien ne serait pas si terrible que cela. Peut-être que cela leur donnerait un semblant de sentiment de sécurité dans leur petit appartement, et un semblant d'affection maintenant qu'ils n'avaient plus leur père pour s'occuper d'eux comme les deux enfants gâtés qu'ils avaient toujours été. Oui, cela pouvait être une bonne idée... "On en reparlera demain."

Il s'installa un peu plus confortablement dans son oreiller et ferma les yeux, essayant de se concentrer sur sa respiration et d'oublier les éléments se déchainant de l'autre côté de la fenêtre. Cela réussit à le détendre, et il se sentit presque à nouveau fatigué, prêt à retomber dans les bras de Morphée à tout moment. Il soupira doucement, se disant que s'il ne dormait pas, au moins il comaterait assez longtemps pour se reposer un minimum.
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyVen 2 Aoû - 9:17


    Un léger rire passa ses lèvres, tandis qu'elle se remuait pour se placer sur le dos, en travers sur le matelas, déplaçant sa tête sur le torse d'Holden, se laissant bercer par le gonflement de son ventre tandis qu'il respirait. Cela lui fit l'effet d'être bercé doucement, soulevant légèrement son crâne, l'aidant à se détendre. Repliant son bras gauche sur ses paupières, closes, elle bâilla légèrement avant d'enfin lâcher, dans un demi-sourire; « t'es juste jaloux de mon intelligence ». Le nez un peu bouché, elle ouvrit légèrement la bouche pour mieux respirer, le sommeil la gagnant plus vite maintenant qu'elle avait trouvé sa place. Et si elle répondait, c'était plus par réflexe qu'autre chose. A son entrée à la fac, Sofia avait développé cette manie désagréable de parler pendant qu'elle dormait. Il y avait tant d'informations à retenir, tant de définitions à apprendre et de concepts à saisir, que son cerveau semblait fonctionner encore plus vite pendant la nuit que le jour. A la différence près qu'une fois inconsciente, ce qu'elle racontait n'avait pas vraiment de sens.. Quoique même éveillée, il lui arrivait de partir dans tout les sens. Une chance qu'elle ne ronflait pas, c'était quand même moins élégant que de faire sa liste de course une fois dans les vapes. Et puis les gens avec qui elle dormait s'y habituer vite, du moins la personne qui partageait le plus souvent son lit ne semblait pas vraiment y porter une attention particulière - sauf quand il s'agissait de se moquer d'elle au réveil -; c'est à dire son frère.

    Sofia n'avait jamais été le genre de filles à découcher pour passer la nuit avec un petit ami potentiel, aucun n'aurait essayé de la rejoindre dans ses draps ou inversement par crainte de se recevoir une sacrée déculottée de la part d'Holden. Ni même avec une amie. Elle en avait pourtant, beaucoup même, mais les soirées pyjamas n'avaient jamais été son fort parce qu'elle ne s'y sentait pas à l'aise. L'unique fois où elle avait participé à une de ces petites fêtes, c'était pour l'anniversaire d'une copine de classe et elle l'avait amèrement regretté. Bien qu'elles avaient été dix filles dans cette chambre, Sofia s'était sentie atrocement seule et terriblement angoissée dans son sac de couchage trop petit. Et surtout parce que son frère n'avait pas été là. Autant dire que pour atteindre l'indépendance, elle était encore loin. Attrapant le bras qui s'était auparavant trouvé autour de ses épaules, elle serra sa main dans la sienne et le lui posa sur son ventre, pour vérifier qu'il était bien là. Sofia ne l'avouerait jamais à voix haute, mais elle avait parfois le mal du pays qui la prenait aux tripes et la rendait nerveuse. Savoir qu'elle n'était pas seule, que son aîné était là, c'était mieux que tout.
    C'était un peu triste à dire mais aucun autre garçon ne pourrait jamais lui procurer la sensation de sécurité qu'elle avait en présence d'Holden, et c'était pas faute d'avoir essayé.

    Mais entre les garçons qui prenaient la fuite au moindre regard noir du grand frère et ceux qui la fuyait parce qu'elle se montrait assez distante dans les élans d'affections, surtout en publique, il n'y avait pas grand monde pour tenter de la rassurer. Et puis Sofia n'était pas le genre de fille à aimer, déjà parce qu'elle partait du principe qu'on n'aimait pas avec le coeur mais avec le cerveau. Autant dire que le romantisme et elle n'étaient pas très amis. Peut être avait elle, à un moment donné, jalouser Lennon mais pas parce que son frère l'aimait, simplement parce qu'elle était aimé par quelqu'un. Elle aurait voulu, elle aussi, ressentir autant d'amour pour une personne, comme son frère l'avait fait - le faisait encore, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure - avec Lennon. Mais c'était juste pas pour elle.

    Si elle devait penser comme une psychologue, elle aurait surement annoncé que la perte de sa mère avait fait plus de ravages qu'elle ne le laissait croire. Seul Holden devait s'en douter, parce qu'il l'avait vécu aussi. Perdre l'une des personnes qu'elle aimait le plus au monde, savoir que celle-ci ne la verrait pas vieillir, ça l'avait traumatisé. Réellement. Elle ne voulait pas risquer de perdre une autre personne, ou de faire subir le sentiment de perte à une autre. Ca l'impressionnait autant que ça la terrorisait de savoir que son frère pouvait aimer quelqu'un d'autre; parce que s'il venait à partir, que lui resterait-il à elle ? Le lien ne serait jamais rompu, elle le savait c'était tout de même le sang de son sang, mais il ne serait plus le même. Et l'abandon était sa plus grande crainte. Aux limites de la phobie.
    Sans s'en rendre compte, ses doigts s'étaient encore resserrés sur la main d'Holden, et elle déglutit difficilement.

    Involontairement son corps résistait, ou plutôt son cerveau, à la fatigue. A croire que quelque chose l'empêchait de sombrer, et l'idée qu'elle allait devoir se lever le matin pour se préparer pour sa journée, bien que cela l'épuisait, n'y changeait rien. Le tonnerre ne la fit plus vraiment sursauter, arrachant un simple frisson tout au plus. Son bras toujours appuyé sur ses paupières bloqua une larme qui s'échappa de son oeil droit, malgré le léger sourire qui releva les commissures de ses lèvres. « Les poissons demandent jamais rien, alors que les chiens aboient, » chuchota-t-elle pour sa défense. C'était pas de sa faute si son besoin de veiller sur les autres, la rendait paranoïaque au point de nourrir six fois d'affilés un poisson, de crainte de l'avoir oublié. Six fois c'était peut être extrême mais bon, c'était Sofia. Le chien, lui, il avait au moins la décence d'aboyer ou se cogner dans sa gamelle pour signaler sa faim.. Ca évitait l'overdose de nourriture. Enfin, si elle était aussi douée pour s'occuper d'un animal que pour ranger sa chambre… On était foutu. « J'le sortirai, promis, » souffla-t-elle dans un nouveau bâillement, à moitié consciente de ce qu'elle racontait. « Dis Holden, j'ai pas envie d'aller à l'école demain, » rajouta-t-elle d'une voix boudeuse, presque enfantine. Sûrement qu'elle rêvait encore, et que dans ce rêve elle avait de nouveau six ans et qu'une des filles de sa classe lui avait dit de pas participer à la journée de poteries pour la fête des mères parce qu'elle avait plus de mère. Elle laissa un court silence après sa réflexion, clairement endormie. Puis elle ouvrit et referma sa bouche à plusieurs reprises, en grimaçant.

    « J'ai soif, » annonça-t-elle brusquement, se redressant en position assise dans le lit, à la manière d'un zombie, droite comme un I. Dans un élégant roulé-boulé - c'est à dire comme un hippopotame prenant des cours de Ballet - par-dessus son frère, elle se laissa glisser au sol pour chercher la porte à tâtons, un oeil à moitié ouvert.
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Holden C. Holloway
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptySam 3 Aoû - 21:31

Il savait bien qu'il était inutile de lever les yeux au ciel dans le noir, mais cela n'empêcha pas Holden de le faire tout de même. Il avait toujours su que Sofia était le cerveau de la famille, il suffisait de comparer leurs métiers pour s'en rendre compte. Mais, là où cela pouvait sonner comme un reproche dans la bouche de certains - oh, que leur grand-père maternel était doué pour rappeler à Holden qu'il avait déjà raté sa vie - cela n'était qu'une petite pique de la part de Sofia. Jamais elle n'oserait clairement se moquer de lui pour ne pas avoir fait d'études supérieures, elle était plus mature et sensée que cela. Mais elle restait aussi la plus intelligente, c'était vrai. Il s'était avoué vaincu quelques années plus tôt, alors que leur père lui offrait de petits sourires ironiques, alors que les deux hommes pensaient la même chose. Elle tient de sa mère.

Alors il la laissait avec ses petites moqueries et sa façon bien à elle de se blottir contre lui, comme un chat s'étalant de tout son long au soleil. Il avait dormi avec des femmes, plus d'une fois, qu'elles soient Lennon ou des aventures de passage, mais jamais aucune d'elles n'avait agi ainsi avec lui. Là où ses conquêtes voulaient un câlin postcoïtal, là où Lennon marquait son territoire presque sauvagement, Sofia le réduisait au rang d'oreiller. Homme-objet au service de sa petite soeur. Il était comme de la pâte à modeler entre ses doigts, se pliant à ses moindres désirs. (Et dieu qu'il avait déjà regretté ne pas savoir lui dire non dans le passé, surtout lorsqu'elle débarquait avec son grand sourire, son maquillage et ses bigoudis. Il était un homme faible.)

Ses petits doigts se serrèrent autour de sa main, et il répondit en faisant de même, comme pour la rassurer quant à sa présence. Il n'était pas près de bouger de ce lit, pas alors qu'elle avait la tête sur lui et s'appropriait tout son corps comme ours en peluche version géante. "Les voisins apprécieront pas le bruit du chien." Il ne savait même plus pourquoi il continuait de répondre, à force. Surtout cet entêtement commun, ce besoin de toujours avoir le dernier mot sur l'autre. Leur père détestait cette habitude qu'ils avaient, surtout lorsqu'ils se disputaient. Cela pouvait durer des heures. Littéralement. "On verra ça demain," répéta-t-il, et il sut immédiatement qu'il était foutu. Qu'il allait devoir chercher l'adresse de l'animalerie ou du chenil le plus proche, et qu'ils auraient une petite boule de poils courant partout dans l'appartement avant la fin de la semaine. Mais cela ne leur ferait pas plus de mal que cela, après tout, de devoir s'occuper de quelqu'un (ou quelque chose) d'autre qu'eux.
Pas pour la première fois, il se demanda à quel moment il avait endossé le rôle du père dans leur famille.

Alors, même si le sommeil venait enfin, même s'il était à deux doigts de s'endormir, il ne put s'empêcher de ricaner à la remarque de Sofia. Typiquement elle, avec sa petite voix d'enfant, et cette moue qu'il imaginait présente sur ses lèvres. Il essaya de ne pas lever les yeux au ciel inutilement, une fois de plus. "Je t'écrirais un mot d'excuse." Vu comment ils étaient partis, cela finirait sans doute par arriver de toute façon. Elle serait bien trop exténuée pour aller bosser et il préférait qu'elle prenne un jour de congé plutôt que de savoir qu'elle s'était endormie au boulot. Ils auraient tout le loisir de regarder des dessins animés, en pyjama devant la télévision, pendant toute la journée. Comme deux gosses qui ont grandi trop vite.

Holden soupira légèrement lorsque le silence se fit, se doutant bien qu'elle avait finalement sombré dans le sommeil. Mais c'était la sous-estimer, apparemment. Il ne cacha même pas son grognement alors qu'elle se releva brusquement et qu'elle utilisa à nouveau sa voix de petite fille faisant son caprice d'enfant. "Mon dieu, mais t'es pas sérieuse quand..." Sa phrase se termina dans un autre grognement, bien plus bruyant que le premier, alors qu'elle roule-boula au dessus de lui pour sortir du lit. Alors qu'elle aurait très bien pu passer autre part, évidemment. Dans un lourd soupir, il attrapa le second oreiller et le pressa contre son visage pour étouffer un cri de frustration. Cette gamine aura sa mort.

Avec la même élégance dont elle avait fait preuve quelques instants plus tôt, et qui était sans nul doute de famille, il se laissa rouler hors du lit, manquant presque de finir tête contre sol par la même occasion. Une fois debout, dans un équilibre plus que douteux, il se frotta les yeux et se dirigea à la suite de Sofia vers la cuisine, où il alluma la lumière. Le soudain manque d'obscurité lui fit cligner plusieurs fois des yeux, aveuglé par l'ampoule brillant au dessus de sa tête. C'était officiel, là était terminée leur nuit de sommeil. Un coup d'oeil à l'horloge du micro-onde le déprima au plus haut point.
Dans un réflexe vieux d'années d'expérience, il sortit un bac de glace du congélateur, qu'il ouvrit pour y planter deux grosses cuillères à soupe. Puis, avec une aisance qu'il ne se serait pas cru étant donné l'heure, il sauta sur le comptoir de cuisine pour s'y installer. La première cuillère de crème glacée fut dans sa bouche en une poignée de secondes, et il offrit à Sofia d'en prendre également.

Holden décida alors de parler de l'éléphant dans la pièce. "C'est dans ces moments-là qu'elle me manque le plus." Parfois, il se demandait si Sofia avait réellement des souvenirs de cette époque, si lointaine, alors qu'elle était si jeune. Il n'avait jamais osé lui demander vraiment, préférant partager les souvenirs que lui avait, à grands renforts d'anecdotes et photographies. Il s'en voulait un peu, parfois, de savoir qu'il avait eu sept ans avec sa mère là où Sofia n'en avait eu que quatre, s'en voulait d'avoir eu la chance de passer plus de temps avec elle.
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“The most important kind of freedom is to be what you really are. You trade in your reality for a role. You trade in your sense for an act. You give up your ability to feel, and in exchange, put on a mask. There can't be any large-scale revolution until there's a personal revolution, on an individual level. It's got to happen inside first.”
― Jim Morrison
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyDim 4 Aoû - 8:53


    Elle s'était mordue la langue après sa réflexion, comme pour se punir d'un coup bas. C'était involontairement qu'elle avait lancé sa petite pique, plus pour répondre que pour lui faire mal. Enfant, il fallait l'admettre, elle adorait quand son grand-père s'extasiait devant ses bonnes notes et voulait la regarder travailler sur les devoirs de sciences, l'encourageant toujours. C'était toujours quelque chose de particulièrement agréable d'être admiré et félicité sans arrêt. Evidemment, son père et son frère aussi applaudissaient ses carnets de note, mais avec son papi c'était différent. Il n'avait d'yeux que pour elle, et ça lui paraissait logique; après tout, elle était la petite fille, la princesse. Holden, c'était juste le grand. Psychologie d'enfant. Mais avec l'adolescence, la jeune fille avait commencé à trouver ça malsain, dérangeant, d'être continuellement applaudie là où son frère était remis en place. Pas forcément rabaisser de manière directe, mais par quelques insinuations. Avec le recul, elle comprenait; ses grand-parents avaient enterré leur fille et la retrouvait un peu chez Sofia, et ils avaient besoin de reproduire avec elle ce lien qu'ils avaient eu avec leur enfant. Mais dès qu'elle avait saisit ça, elle s'était sentie sale, souillée. Et surtout brisée.

    L'intelligence n'avait pas grand chose à voir là-dedans; Sofia n'était pas plus intello qu'un autre et son QI n'était pas celui d'un génie. Tout ça c'était juste de la volonté et un besoin constant d'aller au-delà de ses propres limites, quitte à frôler l'épuisement. D'où les cours techniques qu'elle avait suivit, les multiples options choisies qui lui laissaient peu de temps pour une vie privée. On s'était mépris sur ses résultats. Sofia n'était pas la meilleure, et n'adorait pas plus que ça l'école; elle avait simplement trouvé un exutoire. Tout ce qu'elle faisait, des études aux associations qu'elle rejoignaient, n'avait que pour but d'étouffer un mal-être que peu de gens parvenait à remarquer.
    Elle avait grandi sans sa mère. C'était pas rien. Seul Holden avait toujours été la variable constante de sa vie, la remettant sur les rails quand elle se cassait la figure ou simplement en lui donnant l'impression d'être elle-même celle qui le secouait quand il se laissait aller.

    La petite blonde perdait rarement son sang-froid, mais un jour de vacances, pendant ses années d'université, quand elle avait entendu son grand-père rabaisser à nouveau son frère, pas forcément devant lui, elle avait vu rouge et lui avait remis les points sur les i, avec tout le respect qu'elle lui devait. C'était leur petit secret à lui et elle. Ils n'en avaient plus reparlé. Puis ils étaient partis.
    De plus, fallait voir tout ce que le pauvre gamin avait du supporter avec une soeur pareil. C'était surement l'un des rares garçons qui avaient du aller acheter une boite de tampon pour sa petite soeur enfermée dans la salle de bain, parce qu'ils étaient seuls et qu'elle n'avait rien pour. Et qu'elle paniquait en plus de ça. Le seul garçon du quartier qui devait subir des heures de coups de peigne dans les cheveux et de maquillage, sinon elle menaçait de pleurer et de le faire punir.
    Puis il avait du talent dans ce qu'il faisait, bien plus que ce que semblait penser leur grand-père. D'ailleurs, Sofia ne comprenait toujours pas qu'il se contente d'écrire pour des journaux au lieu de se lancer dans la publication d'un roman. Il avait déjà le caractère d'un écrivain - pour ne pas dire d'un cochon - puis la plume, manquait plus que le courage, peut être. C'était pas un simple mot d'excuse qu'elle voulait le voir écrire, mais une page entière, deux même, voir trois.

    Elle se tut sur le sujet, se contentant de faire remarquer qu'elle était déshydratée. « Mon dieu, mais t'es pas sérieuse quand... » bien sûr que si elle l'était ! Sofia sourit légèrement, leva une main en guise d'excuse et s'attaqua à la poignée de porte qu'elle trouva après bien deux minutes de fouilles assidues. Trainant les pieds, frottant ses bras de ses mains, elle regretta d'avoir quitté le confort de son lit et la chaleur de ses draps pour se balader pieds nus jusqu'à la cuisine. « Aaaaaaah l'horreur !! » s'égosilla-t-elle, la voix cassée, en plaquant ses mains sur ses paupières, collant son front sur le comptoir de la cuisine en baragouinant des injures et des menaces, voire même quelques malédictions. « Tu sais que si j'étais un tueur psychopathe ça me serait suffisant comme excuse pour te massacrer ! » siffla-t-elle en se frottant les paupières, faisant mine d'être aveugle, avant d'écarter ses doigts pour observer les agissements de son frère. Un sourcil arqué, d'intérêt en voyant le pot, elle sourit d'un air gourmand et se précipita à l'évier. Attrapant un verre qui séchait encore, elle le remplit à moitié, le vida d'une traite et s'accouda au comptoir, aux côtés de son frère, pour planter férocement sa cuillère dans le pot de crème et l'enfourner dans sa bouche dans un grognement de plaisir.

    C'était peut être pas le plus intelligent des deux, quoique, mais en tout cas il savait comment l'appâter le vil. En revanche, après un coup d'oeil vers l'horloge, Sofia ne put que se faire à l'évidence; c'était foutu pour une bonne nuit de sommeil réparateur. « C'est dans ces moments-là qu'elle me manque le plus, » déclara-t-il enfin, comme s'il avait attendu le bon moment. La jeune fille grinça des dents et mordit un peu trop fort sa cuillère, grimaçant. C'était un sujet compliqué à aborder pour elle. Les souvenirs qu'elle avait de sa mère la laissaient souvent perplexe, ne sachant s'ils étaient de l'ordre du rêve ou de la réalité. Le choc ou simplement le temps avaient altéré sa mémoire et si elle n'avait pas vu des photos de sa mère en grandissant, nul doute qu'elle aurait oublié ses traits. Mais ils étaient figés, son cerveau calant les images qu'elle avait trouvé en grandissant, à des instants fugaces de son enfance. Sa voix, sa démarche et même son odeur lui étaient totalement inconnus. Il lui arrivait, pourtant, d'avoir un pincement au coeur en sentant une odeur sucrée, douce. « Est-ce que petits, quand on était malade, elle nous laissait manger ce qu'on voulait au repas ? Je n'arrive jamais à savoir si c'était elle ou quelqu'un d'autre qui nous l'autorisait, » elle avait voulu son ton calme et posé, mais ça n'avait pas permis de cacher l'accent de regret et de tristesse. Il la menait sur un chemin cabossé avec cette réflexion. Perturbée, elle prit une nouvelle grosse cuillerée de crème et suçota sa cuillère en fixant le mur, son menton appuyé au creux de sa main droite.
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyDim 4 Aoû - 22:19

Son rire fut long et fort alors qu'elle poussait des petits cris désespérés de souris lorsqu'il alluma la lumière - un rire guttural, bien italien. Il manqua presque d'air, à force de se moquer d'elle et de ses airs mélodramatiques. Il espérait que les murs étaient bien plus isolés qu'ils n'en avaient l'air, ou les voisins allaient les maudire à vie sinon, allaient se plaindre jusqu'à ce qu'on les mettent à la porte. Il irait s'excuser un peu plus tard dans la journée, sans doute, jouant le jeune homme bien élevé et expliquant à demi-mots que ce comportement allait sans doute revenir - on se savait jamais, avec eux.

"T'es même pas capable d'écraser une mouche, pourquoi tu te transformerais en serial killer ?" Elle, hippie après l'heure, voulait lui faire croire qu'il y avait un semblant de violence en elle ? Qu'elle arriverait à lui faire mal, avec ses petits bras tous maigres et ses trois grammes de muscles ? Il eut presque envie d'éclater de rire à nouveau tellement l'idée semblait absurde. Elle était le cerveau, il était les gros bras, mieux valait ne pas inverser les rôles en si bon chemin. Alors, ses menaces, elle pouvait se les garder pour elle. La fille qui l'avait supplié de regarder Shrek avec lui ne lui faisait pas peur.

Alors il préféra les ignorer, elle et son ton théâtral, alors qu'il sortait la crème glacée du frigo, faisant comme chez lui. (Tu es chez toi.) Sofia ne tarda d'ailleurs pas à en faire de même, et ils se retrouvèrent à manger leur glace dans un silence quasi religieux, comme deux enfants prêts à être pris sur le vif à tout moment. Là était sans doute la joie de vivre avec sa soeur mais sans son père - ils pouvaient se permettre leur comportement d'adolescents retardés sans craindre de réveiller le paternel et de se faire remonter les bretelles au beau milieu de la nuit. Le pauvre. Il en avait eu, des nuits blanches, à cause d'eux.

Il prit une cuillère de plus, bien plus grosse que les précédentes, après avoir lâché ce qu'il avait sur la conscience, comme pour essayer de s'étouffer avec. Sofia réagit aussitôt, évidemment, et il s'en voulu d'être aussi maladroit avec les sentiments parfois, de n'être rien d'autre qu'un crétin insensible. Mais c'était le genre de choses dont ils - il - avaient besoin de parler, même si cela ne faisait pas disparaitre cette horrible sensation dans la poitrine, ce noeud dans l'estomac qui vous fait comprendre que quelque chose ne tourne pas rond. Que quelque chose - quelqu'un - devrait être là. Il soupira doucement, avala un peu plus de glace et pria pour un coma diabétique.

Elle ne répondit pas, posa une autre question à la place, et il se sentir froncer les sourcils, ne sachant que répondre. Il avait peur de faire une gaffe de plus, de dire ce qu'il ne fallait pas, et que leur repas improvisé se transforme en sanglots improvisés. Tout mais pas ça. Pas en plein milieu de la nuit alors qu'il lui manquait au moins cinq heures de sommeil. Il n'arriverait pas à assurer un tel cas de figure. Alors il pesa ses mots, prenant le temps de répondre. Puis un petit sourire se dessina doucement sur ses lèvres. "Non, c'était Papa. Il nous laissait faire tout ce qu'on voulait, et elle détestait ça. Un jour, avant que tu sois née, il m'a laissé manger une plaque entière de chocolat parce que je ne voulais rien manger d'autre. Elle était furieuse." Il prit une voix légèrement haut perchée, et commença à jurer en italien, chaque mot accentué par des mouvements de bras, avant d'éclater d'un rire doux, secouant la tête à ce simple souvenir. Il se rendit alors compte que ce n'était pas que leur mère que Sofia n'avait pas connu, mais leur père aussi, dans un sens. Leur père avant qu'il ne perde sa femme, l'amour de sa vie, leur père avant qu'il ne tombe dans la dépression et ne devienne que l'ombre de lui-même. Parfois, Holden avait du mal à se souvenir, de ces moments où leur famille était unie et complète, de leur père riant et de leur mère leur murmurant des mots doux en italien. C'était trop lointain, une période révolue, et il se raccrochait désespérément aux quelques souvenirs qu'il avait, refusant de les laisser partir en fumée. Il devait se souvenir, pour le bien de leur famille. "Mais elle avait toutes ses petites recettes de grand-mère, ces petits trucs de mama italienne qu'elle notait bien soigneusement dans un petit carnet. Tu sais, ce lait au miel que grand-mère Anita nous fait quand on a mal à la gorge ? Elle faisait ça aussi, surtout quand on avait passé la journée à trop crier..."

Il prit encore un peu de glace, cuillère coincée entre les dents, et tapota le nez de Sofia deux fois. Il lui aurait même tiré la langue, s'il n'avait pas déjà quelque chose dans sa bouche. Il se devait de la rassurer, de ne pas la laisser sur cette note amère que l'oubli créait en eux. Utilise tes mots, c'est tout ce que tu sais faire. "L'ironie veut que, physiquement, tu ressembles à Papa alors que j'ai tout pris du côté italien de la famille." Comme pour souligner ses propos, il tendit son bras à côté de celui de Sofia, peau hâlée contre teint de porcelaine. "Mais tu lui ressembles bien plus que moi. C'est pour cela qu'ils prennent autant soin de toi lorsqu'on retourne en Italie. C'est pour cela que grand-père est autant sur mon dos, tant de potentiel génétique jeté par la fenêtre..." Il fourra un peu trop de crème glacée dans sa bouche et haussa les épaules. Lorsqu'il avala, le froid le fit grimacer. "C'est aussi pour ça que ça a toujours été aussi dur pour Papa, on est des preuves vivantes de ce qu'il a perdu. Toi mentalement, moi physiquement."
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MessageSujet: Re: SOFIA ✧ we pick ourselves undone   SOFIA ✧ we pick ourselves undone EmptyMer 7 Aoû - 1:05


    « T'es même pas capable d'écraser une mouche, pourquoi tu te transformerais en serial killer ? » Agitant la main, elle se mit à mimer son frère alors qu'il répondait, accentuant le ridicule de sa réaction très enfantine. Le pire c'était qu'il avait raison; Sofia était peut être du genre à hurler et râler, mais elle ne frappait jamais; rien que de tuer une mouche la faisait paniquer. C'était aussi la fille qui était prise de panique devant Blanche-neige, pas à cause de la sorcière même si elle la trouvait effrayante, mais devant les nains quand ils frappaient les pierres avec leur pioche.
    Pendant longtemps, elle s'était convaincue d'être née à la mauvaise époque. Sa vie aurait été bien plus facile si elle avait vécu à l'époque de woodstock, participé aux concerts, si elle avait pu s'habiller comme un hippie et entrer en transe. D'ailleurs, elle avait la meilleure note en Histoire quand elle avait fait son exposé sur cette période. Et si elle adorait John Lennon c'était pour son côté "peace and love"; elle avait d'ailleurs acheté une pair de lunettes qui ressemblait beaucoup à celle du Beatles et tapissé les murs de sa chambre d'affiche du groupe ou de lui seul. Une vraie groupie. Mais une groupie pacifiste.

    Cessant d'agir comme une gosse, ce qu'elle était finalement, Sofia attrapa à nouveau sa cuillère et prit une énorme cuillerée de crème qu'elle enfourna dans sa bouche, gonflant ses joues en fermant les yeux. C'était froid, mais agréable. Au vu de la tournure que prenait la discussion, la jeune fille espérait clairement s'étouffer avec et mourir vite. Le sujet de leur mère, ou de leur famille en général, avait tendance à la mettre mal à l'aise, et ce même si elle en parlait avec son frère. Elle se surprenait à lui en vouloir autant qu'elle avait besoin de lui pour se souvenir, pour l'aider à ne pas oublier.

    Sans relever la tête, le regard figé sur un point invisible, elle ne cacha pas sa déception à la réponse d'Holden, mordillant nerveusement sa cuillère. « Ah, » laissa-t-elle échapper, un peu boudeuse, fermant les yeux pour enfourner de nouveau sa cuillère dans sa bouche, serrant le poing sous son menton. « J'aurais jamais cru qu'il était comme ça, » souffla-t-elle, plus pour elle-même que pour relancer le sujet. Malgré tout, Sofia ne put s'empêcher de sourire en entendant Holden jurer en italien, imitant surement leur mère dans une crise de colère. Elle laissa même échapper un léger rire, en secouant la tête avant de reprendre de la crème glacée, son coeur ayant raté quelques battements. C'était une sensation étrange, et un peu désagréable, de se rendre compte qu'au final on était étranger à sa famille. Pour elle, leur père était l'homme solitaire qui les avait élevé après le décès de sa femme, l'ombre d'un père pour être honnête. L'imaginer joyeux et même drôle lui paraissait impossible, et ce même si son frère lui donnait la preuve du contraire. Avant d'être un père, il avait été un homme amoureux. Toujours penchée en avant, appuyée sur son bras, Sofia souffla brièvement, tapotant le dos de sa cuillère contre ses lèvres, regard posé sur la cuisse d'Holden, sans la voir.
    Il continuait sur sa lancée et il semblait trop content de pouvoir partager avec elle pour qu'elle se sente le courage de lui demander d'arrêter. Par un effort surhumain, Sofia parvint à retenir une larme, se vengeant sur sa cuillère qu'elle mordilla à nouveau nerveusement.

    « Je faisais semblant d'avoir mal à la gorge pour que grand-mère m'en donne, » laissa-t-elle échapper, demi-sourire aux lèvres, rougissant légèrement en avouant son mensonge. Comprenez la, ce lait au miel était sans doute la meilleure chose qu'elle eut goutté de sa vie. Paupières closes, elle plissa le nez quand l'index du jeune homme le tapota, tirant légèrement la langue par réflexe, gorge nouée. Par habitude, elle jeta un regard au bras de son frère et ne put retenir une petite pique moqueuse, « on doit avoir du sang portugais aussi, t'as vu ces poils, » haussant les épaules par la suite. « Il regrettera surement ses paroles quand il verra ton roman en vitrine d'une librairie marqué "évènement de l'année", et que ton nom sera ajouté à celui des meilleurs auteurs de ce siècle, » clin d'oeil appuyant ses paroles, elle s'amusa avec la cuillère pour occuper ses mains. « Je me souviens pas, » lâcha-t-elle finalement, voix fébrile, « et j'ai jamais aimé les commentaires de la famille sur le fait que je lui ressemblais, parce que je ne me souviens pas. » Son timbre s'était fait plus ferme sur le dernier mot, serrant les dents, elle leva les yeux au plafond pour retenir une autre larme, soupirant fortement. Elle aurait du rester au lit, c'était pas le moment de parler de ça, pas maintenant, pas encore. « Je sais à quoi elle ressemble parce que j'ai vu des photos, mais je ne me souviens pas de sa voix, de son attitude, de ce qu'elle aimait ou détestait, de son odeur, si sa peau était douce.. » Sofia s'était redressée, reposant sa cuillère sur le plan de travail, l'estomac noué. « Je me souviens pas, répéta-t-elle encore, comme pour se persuader ou exorciser sa culpabilité. C'est joli ce que tu racontes, je sais que c'est bien d'en parler, mais moi je me rappelle pas de tout ça et j'arrive pas à imaginer les choses dont tu parles. » Rejoignant l'évier, elle entreprit de nettoyer nerveusement sa cuillère, hypnotisée par le tourbillon de l'eau disparaissant dans le siphon.
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